En quoi le développement du socialisme et du mouvement ouvrier a-t-il été un reflet de l’évolution de la société allemande tout autant qu’un vecteur de sa transformation de 1875 à nos jours ?

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1.      Naissance du mouvement ouvrier

Le congrès de Gotha réunit en 1875 les défenseurs de la condition ouvrière. Leurs revendications portent sur une amélioration des conditions de vie et de meilleurs salaires. Le texte affirme clairement la volonté de construire un monde socialiste par la réforme où l’Etat joue un rôle. C’est la voie socialiste d’une amélioration progressive. Il s’agit de donner la priorité aux lois et d’instaurer des réformes pour changer progressivement la société. Mais cette approche peut être longue et tout le monde n’est pas d’accord. Karl Marx refuse la place de l’Etat : c’est aux ouvriers de prendre les choses en main !

Texte du Congrès de Gotha.

Une société de classe se construit face à l’Etat allemand. Le Parti social-démocrate (SPD) est créé en 1891 au congrès d’Erfurt. Porteur des revendications de la classe ouvrière il prône le changement dans la voie de la réforme. Ce mouvement ouvrier qui compte 278.000 adhérents au moment de sa création en 1891 a un poids important dans la société. En 1913, le SPD compte 2,5 millions d’adhérents. Mais le premier ministre Bismarck ne veut pas laisser l’initiative à ce parti politique qui prend de plus en plus de poids. Il interdit le SPD en 1891 et met en place des lois sociales ce qui contente partiellement le monde ouvrier.

2.      Rapports de force et divisions

La première guerre divise le mouvement ouvrier. En 1914, la population aspire à une volonté de paix en Allemagne comme dans tous les pays. Les ouvriers se demandent pourquoi ils devraient combattre contre d’autres ouvriers qui ont les mêmes conditions de travail qu’eux. Pourtant la guerre éclate quand même. C’est le temps de l’union sacrée en Allemagne et les pacifistes sont enfermés. En 1915 le parti se scinde en deux courants politiques. Le SPD socialiste garde l’approche réformiste. Le KPD (Parti communiste allemand) prône l’approche révolutionnaire. Le KPD fait suite à la ligue des Spartakistes fondée par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Il propose de poursuivre la lutte avec la révolution, ce que fait la Russie en 1917.

A la fin de la guerre, la République est proclamée deux fois ! Le Kaiser abdique le 9 novembre 1918. Les ouvriers et les socialistes y voient l’occasion de fonder la société tant souhaitée. Le social-démocrate Philip Scheidemann proclame l’instauration de la République de Weimar. Quelques heures plus tard, les communistes proclament à leur tour une République. Finalement, Freidrich Ebert, membre du SPD, est nommé chef du gouvernement provisoire. C’est donc la mise en œuvre de la voie modérée qui se met en place. Mais en Janvier 1919 des troubles et des violences éclatent dans les villes. Le KPD (avec les pacifistes qui sont intéressés) veut le pouvoir détenu par le SPD. Les soldats (corps francs) rentrent du front et matent les troubles dans la violence. Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont arrêtés et exécutés. Le bilan de cette semaine sanglante est lourd : 1500 morts.

3.      Le régime nazi encadre la société

La crise voit le retour des partis politiques. La crise de la fin des années 1920 touche durement l’Allemagne. La production industrielle chute de 19%, et on compte 6 millions de chômeurs.  Affrontements dans les rues. Le KPD et SPD voient alors leur influence augmenter. Mais d’autres partis se démarquent. Le NSDAP, parti NAZI voit son influence augmenter. Il se présente comme la solution aux problèmes rencontrés. L’ordre et la discipline qu’il affiche lors des défilés dans les rues contrastent avec le désordre ambiant.

Une fois au pouvoir, les nazis réorganise la société. Les partis politiques sont éliminés. Le SPD est interdit et les membres du KPD sont internés. L’opposition au régime est muselée. Le parti nazi se substitue aux syndicats et valorise le monde ouvrier. Le front du travail est créé le 10 mai 1933 (DAF ; Deutsch Arbeitsfront). Son objectif est de prendre le contrôle des adhérents du SPD et du KPD. Les entreprises sont envisagées comme des communautés au sein desquelles les dirigeants et les ouvriers évoluent en harmonie. Le DAF est organisé sur la base du Führerprinzip : le pouvoir est concentré dans les mains d’un seul. Elle dispose de moyens financiers importants et le soutient du peuple. Ce dernier peut (il est obligé !) accéder à la propriété et acheter une Volkswagen. Le monde ouvrier est peu intéressé !  

1.    Le communisme en République Démocratique d’Allemagne

La révolution communiste est mise en œuvre en RDA. La République Démocratique d’Allemagne n’a qu’un seul parti politique : le parti socialiste unifié d’Allemagne (SED). Il regroupe les communistes du KPD et les socialistes du SPD présents en RDA. Le monde ouvrier est arrivé au pouvoir, les décisions politiques valorisent l’égalité voulue par tous les marxistes. Les discussions éventuelles se font au sein du parti communiste et non plus entre différents partis politiques. Dans cette société, l’usine est au cœur du monde ouvrier car elle fournit le travail, le logement et les coopératives. Le prolétariat dans son ensemble est donc valorisé et montré comme étant la cheville ouvrière de ce monde nouveau.

Mais ce monde communiste est fait de manques et de privations. Les industries de biens de consommation ne sont pas développées contrairement aux industries d‘armement. Aussi, en 1953 des révoltes éclatent dans Berlin-Est. L’Etat réagit violemment : 110 morts (la moitié est fusillée) et 10 000 arrestations ! Le SED est épurét la population est surveillée par la police politique est-allemande (STASI). Seule la nomenklatura (des privilégiés) a accès à la consommation comme en Occident..

2.    Le réformisme en République Fédérale d’Allemagne

En RFA, le SPD prend ses distances avec le communisme. En 1956, le KPD disparaît car il est soupçonné d’espionnage au profit de Moscou. Lors du congrès de Bad Godesberg en 1959, le SPD renonce au marxisme comme but à atteindre. En RFA, plusieurs partis politiques coexistent. Le pays fonctionne sous la forme d’une cogestion entre les partis et le gouvernement. Tous  se mettent d’accord pour fixer les grandes lignes de la politique à mener. Le dialogue est nécessaire, mais porte ses fruits car les grèves et les tensions sont très peu présentes. 

Le SPD s’adapte au monde des Trente Glorieuses. Le contexte est celui de la croissance économique et de la consommation. Les ouvriers ont du travail et peuvent consommer. Les conditions du monde ouvrier s’améliorent. Aussi le choix est fait d’approuver une économie libre de marché partout où la concurrence s’affirme. La RFA s’éloigne donc de son idéal marxiste, car dans le monde occidental la concurrence est un moteur de progrès. 

3.      Depuis 1989

La chute du mur de Berlin marque le début du rapprochement allemand. En effet, le 3 octobre 1990 les deux Allemagne sont réunifiées et ne forment plus qu’un seul et même pays. La politique d’ouverture vers l’Est (Ostpolitik) démarrée dans les années 1970 voit ici son aboutissement. Pourtant, les deux sociétés ont été séparées pendant 50 ans et doivent maintenant s’adapter l’une à l’autre. Les choix faits en RFA dès 1959 semblent montrer la voie de la réussite qu’il convient maintenant d’étendre à l’ex-RDA.

En ex-RDA, le SED disparaît et devient le PSD (Parti du Socialisme Démocratique). Le SPD se diffuse dans l’ensemble de l’Allemagne mais il doit se coaliser avec le CDU (parti démocrate-chrétien). Au cours des années 1990, le SPD perd de son influence. En effet, la réunification coûte cher sans que les Allemands y voient des changements notables. L’ex-RDA est toujours plus pauvre que l’ex-RFA. En 1998 Gerhard Schröder est élu chancelier par la coalition SPD-Verts. Dès 2003, il met en place un programme libéral. Mais ce programme libéral entraîne l’éclatement de la gauche et voit l’émergence du parti communiste « Die Linke ». Il gagne du terrain en ex-RDA du fait de la crise touchant l’Allemagne. 

A partir de 2005, Angela Merkel qui a grandi en RDA devient chancelière. La société tente de fusionner les deux modèles de développement…

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